L’absence de gouvernance des données coûte cher aux entreprises
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Dirigeants, avez-vous remarqué que la performance de votre activité s’érodait ?
Les décisions prennent un peu plus de temps.
Les priorités sont floues.
Les équipes avancent, mais pas toujours dans la même direction.
Rien de spectaculaire, mais une impression persistante de friction et de perte d’élan.
Face à ces situations, les causes évoquées sont souvent les mêmes : manque de ressources, outils inadaptés, organisation trop complexe, contexte incertain.
Plus rarement, on interroge ce qui se joue en profondeur : la manière dont l’entreprise s’appuie sur ses données pour piloter et décider.
C’est précisément là qu’intervient la gouvernance des données.
Non pas comme un sujet technique ou réglementaire, mais comme la capacité d’une organisation à savoir quelles données comptent réellement, d’où elles proviennent, qui en est responsable et dans quel cadre elles peuvent être utilisées pour orienter l’action.
Lorsque cette gouvernance est absente ou insuffisamment posée, l’impact ne se limite pas aux outils ou aux tableaux de bord.
Il devient discret mais permanent.
Et il finit par affecter directement la performance globale de l’entreprise.
Un premier effet visible : une activité qui ralentit
On observe que lorsque les données ne sont pas gouvernées,
ce n’est pas seulement la prise de décision qui se complique,
mais l’activité elle-même qui tend à tourner au ralenti.

Les décisions prennent plus de temps à être prises.
Les chiffres doivent être vérifiés, comparés, recoupés.
Les arbitrages sont repoussés faute de lecture claire et partagée.
À l’échelle d’une journée, ces décalages peuvent sembler marginaux.
À l’échelle d’un trimestre ou d’une année, ces micro-retards s’additionnent.
Il ne s’agit pas d’un blocage brutal mais plutôt d’un ralentissement :
une organisation qui avance, mais avec plus de friction qu’elle ne devrait,
et qui peine à maintenir son rythme sur la durée.
Un coût managérial souvent sous-estimé
Ce ralentissement a un effet direct sur le rôle des managers.
Dans les organisations où la gouvernance des données est faible, on observe qu’une part croissante du temps managérial est consacrée non pas à piloter, mais à compenser l’absence de repères clairs.
Les managers passent alors du temps à :
- expliquer d’où viennent les chiffres
- arbitrer entre plusieurs versions d’une même donnée
- justifier des décisions prises malgré des données discutables

Ce temps n’apparaît pas clairement dans les plannings.
Mais il se traduit par une fatigue managériale progressive et une perte de focus sur l’essentiel : l’action, l’anticipation et l’amélioration continue.
À terme, cela installe une forme de lassitude organisationnelle où la donnée est perçue non plus comme un appui, mais comme une contrainte supplémentaire.
Des décisions rarement catastrophiques, mais rarement optimales
L’absence de gouvernance des données ne conduit pas nécessairement à des erreurs spectaculaires.
Le plus souvent, les décisions prises restent raisonnables.
Mais faute de chiffres jugés fiables ou partagés, la décision s’appuie de plus en plus sur l’intuition, l’expérience et le ressenti.
Ce n’est pas un choix assumé, mais une adaptation.
Lorsque les données sont discutables, incomplètes ou contradictoires, elles cessent d’être un appui.
Elles deviennent un simple élément parmi d’autres dans la décision.
Les arbitrages se font alors sur la base :
- de signaux partiels
- de lectures différentes selon les équipes
Ce mode de décision n’est pas inefficace en soi.
Il permet souvent de continuer à avancer même si ce n’est pas optimal car on retrouve :
- des priorités mal définies
- un investissement repoussé faute de visibilité claire
- des opportunités mal évaluées
Pris isolément, ces écarts restent limités.
Accumulés dans le temps, ils finissent par fragiliser la trajectoire globale de l’entreprise, en rendant le pilotage plus dépendant des individus que d’un cadre commun.
Une désynchronisation progressive de l’organisation
Ces décisions ont un autre effet, plus structurel :
elles désynchronisent progressivement l’organisation.
Lorsque les données ne sont pas gouvernées, chaque équipe développe ses propres repères.
Le commerce, la finance, l’opérationnel ou le marketing travaillent avec sérieux,
mais sans toujours partager les mêmes définitions, les mêmes indicateurs ou les mêmes temporalités.
Ce qui se traduit par :
- des objectifs interprétés différemment
- des tensions inutiles lors des arbitrages transverses
La gouvernance des données ne vise pas à uniformiser les métiers.
Elle permet de synchroniser les lectures sur la même base, afin que les décisions prises soient comprises, relayées et appliquées plus largement dans l’organisation.
Gouvernance des données : un sujet de performance, pas de technique
Ce qui ressort de ces constats, c’est que la gouvernance des données est encore trop souvent abordée sous un angle technique.
Dans les faits, il s’agit avant tout d’un sujet organisationnel et managérial.
La gouvernance des données consiste à clarifier :
- quelles données sont réellement critiques pour l’activité
- qui en est responsable
- comment elles sont produites et mises à jour
- dans quel cadre elles peuvent être utilisées pour décider
Lorsque ces éléments sont posés, la donnée cesse d’être un bruit de fond.
Elle devient un repère stable, sur lequel l’ensemble de l’organisation peut s’appuyer.
Une entreprise performante est une entreprise qui sait sur quoi elle s’appuie
Les entreprises les plus efficaces ne sont pas celles qui collectent le plus de données.
Ce sont celles qui savent distinguer :
- les données réellement utiles
- celles qui sont suffisamment fiables
- celles qui peuvent soutenir la décision dans la durée
La gouvernance des données permet cette sélection et cette hiérarchisation.
Elle transforme un ensemble hétérogène d’informations en un socle commun, partagé et exploitable.
Ce qu’il faut retenir
L’absence de gouvernance des données ne se traduit pas par un échec immédiat.
Elle se manifeste par une accumulation de frictions :
- du temps perdu
- de l’énergie managériale dispersée
- des décisions moins précises
- une organisation moins alignée
À l’inverse, une gouvernance des données claire permet :
- une activité plus fluide et performante
- des décisions mieux comprises et mieux acceptées
- une performance plus stable dans le temps
La gouvernance des données n’est pas un sujet de data.
C’est un levier structurant de performance collective.
